A l’écoute du Monde

Un radioécouteur est un passionné qui écoute les transmissions par ondes radioélectriques au moyen d’un récepteur approprié et d’une antenne dédiée aux bandes qu’il désire écouter : l’aviation (VOLMET, ATIS, bande aéronautique VHF), la radiodiffusion (bande FM, ondes courtes, ondes moyennes et ondes longues), les radioamateurs, les satellites, les bandes marines, les agences de presse ou la météo.

I – Papa, qu’est-ce qu’il dit ?

Mon premier contact avec le monde des Ondes Courtes ne date pas d’aujourd’hui. J’avais 10 ans. Les messages en code Morse que mon père me faisait écouter étaient pour moi très mystérieux. J’étais fasciné par l’idée que ces sons faits de points et de traits puissent signifier quelque chose…

Depuis cette date, le virus ne m’a plus quitté ! Pour pratiquer la réception radio à longue distance, il faut un minimum d’équipements. Un récepteur de trafic couvrant en continu le spectre des fréquences décamétriques et naturellement des antennes performantes. L’installation se complète au fil du temps : récepteurs VHF/UHF, enregistreurs, alimentations, filtres. Durant près de 30 ans, de nombreux récepteurs se sont succédés sur mes étagères. Il faut dire qu’il y avait matière à écouter.

II – Shortwave Listening

Tout à commencé par la réception des stations de radiodiffusion. Pour chasser les émetteurs lointains, les nuits étaient parfois un peu courtes. J’ai ainsi reçu la confirmation de la réception de centaines de stations. J’étais devenu DXer et correspondant de nombreux clubs internationaux. Ce hobby plutôt technique offre une ouverture sur d’autres cultures. A cette époque il permettait un accès direct à l’information. Aujourd’hui nous avons d’autres moyens à notre disposition. Mais il fallait tout recevoir, tout écouter. D’autres émissions se bousculaient en dehors des bandes de radiodiffusion : cela ne pouvait que satisfaire nos oreilles curieuses !
Dans cette jungle il fallait bien se spécialiser un peu . J’avais pris pour habitude de chasser les stations de broadcast dans les bandes tropicales et plus particulièrement les stations commerciales de très faible puissance. La recherche de stations utillitaires rares émettant dans de multiples modes faisait aussi partie de mes activités favorites. Durant une dizaine d’années, les émetteurs mondiaux crachant des centaines de KW étaient devenus de véritables ennemis. Sortir les stations microscopiques de ce vacarme infernal tenait plus du sport que du loisir technique.

III – La propagation des ondes

Pour recevoir une station radioélectrique donnée, il ne suffit pas d’allumer son poste. Encore faut-il que la propagation des ondes soit favorable. Et oui, les ondes décamétriques se propagent par réflexion sur les couches élevées de l’ionosphère. L’oeil rivé sur les prévisions de propagation et l’activité solaire, le Dxer subit souvent ses caprices , mais dans les meilleures périodes, la pêche peut être miraculeuse !

Mire monochrome d’URSS (Août 1981)


Les années 80 ont été caractérisées par une activité solaire exceptionnelle.

Je me souviens de certaines journées durant lesquelles on recevait des stations de TV étrangères en VHF ou UHF jusqu’à une heure avancée de la nuit.
Cette mire noir et blanc de la télévision russe (URSS) a été reçue sur l’antenne télescopique d’un minuscule téléviseur portable.

Aujourd’hui de telles réceptions ne relèvent plus de la performance. Le câble et le satellite ont banalisé l’arrivée de la Télévision mondiale dans nos salons ! La magie s’est un peu évanouie.

IV – La fin d’une époque annoncée

Jusqu’en 1990, l’activité dans les bandes décamétriques fut très importante. De nombreux services se partageaient les fréquences comprises entre 3 et 30 MHz : organismes de radiodiffusion, services de secours et de sécurité, agences de Presse, services météo, gouvernements, ONG, radioamateurs…

De nombreuses stations de radiodiffusion avaient créé des clubs Dx. Les DXers recevaient régulièrement la revue du club ainsi que des documentations techniques. Evoquant des raisons économiques, certains radiodiffuseurs supprimèrent les confirmations de réception (carte QSL). Puis ce fut le tour des clubs gérés par les services Ondes Courtes. Les zones de diffusion ainsi que le nombre de langues subirent le même sort. Certains sites d’émission furent cédés à des diffuseurs étrangers pour assurer le relayage de leurs émissions.

Avec l’arrivée du satellite et d’Internet, il s’agissait bien de la fin d’une époque. Le son numérique est certainement plus agréable à écouter, mais le charme des liaisons hertziennes directes n’était plus là !
Face aux systèmes traditionnels devenus obsolètes, l’inévitable évolution technologique a accompli son oeuvre. Les stations radiomaritimes, les agences de Presse, les services gouvernementaux ont suivi le même chemin. Ainsi, à l’aube du 21ème siècle, des voix connues sur toutes les mers du monde se sont éteintes : St Lys Radio , la fréquence de détresse CW 500 KHz et bien d’autres stations côtières sont entrées dans le royaume des « Silent Key ».

V – Et pourtant …

U.S. Air Force EC-130J Commando Solo, un avion destiné à la diffusion de messages de propagande en terrain hostile.

L’activation de réseaux radio s’intensifie lors de conflits. De nombreuses fréquences sont soudainement occupées par des réseaux militaires, gouvernementaux, ou par des ONG.

Dans le domaine de la radiodiffusion, des stations clandestines d’opposition apparaissent temporairement pour diffuser des émissions dirigées contre les régimes en place (cf. Serbie, Afghanistan, Irak). Généralement soutenues par des organismes puissants, ces stations participent à la « guerre psychologique ». Le « major broadcaster », modifie ses grilles de diffusion (temps d’antenne, fréquences, langues, puissance des émetteurs) pour amener l’information au plus près des populations ou des troupes engagées sur le terrain. Le brouillage intentionnel des émetteurs « indésirables » se pratique couramment.

A l’ère de la cybercommunication, la guerre des ondes n’est pas abandonnée. ll est plus facile de larguer des milliers de récepteurs radio que de donner un accès Internet à chaque citoyen !

La rusticité et la simplicité des moyens mis en oeuvre est un avantage lorsqu’il s’agit de diffuser l’information ou d’établir des communications à longue distance. Ces moyens ne font pas forcément appel à la haute technologie et sont relativement simples à exploiter.

VI – Le paysage se transforme

Si les stations de combat ont cessé d’émettre avec l’écroulement des régimes politiques des pays de l’Est, les événements internationaux montrent bien qu’un abandon total des bandes décamétriques aurait une incidence grave. De par le monde, les écouteurs poursuivent leur activité en scrutant le spectre HF et trouvent encore matière à écouter. Les ondes courtes restent donc l’instrument privilégié de la radiodiffusion mondiale : 2,5 milliards d’auditeurs écoutent les ondes courtes ; à chaque instant, 200 millions de postes récepteurs sont branchés sur cette gamme de fréquences. Aujourd’hui, elles sont le seul moyen qui offre la possibilté de toucher une population aussi large, quel que soit le lieu.

La diffusion de programmes sur Internet est intéressante et il ne faut pas l’ignorer car elle fait partie des nouvelles technologies de transport de l’information dont bénéficient les populations les plus favorisées. Néanmoins elle n’entre pas en concurrence directe avec la diffusion sur ondes courtes. Les moyens nécessaires, ordinateur, liaison haut-débit, constituent une réelle contrainte. Ils demeurent bien trop complexes comparés à un simple récepteur portable.

Les principaux acteurs du monde de la radiodiffusion internationale ont parfaitement conscience de tout cela. Leur souci étant de permettre à chacun d’écouter la radio en tout lieu dans les meilleures conditions possibles, ils se sont réunis dans les années 2000 au sein du Consortium DRM (Digital Radio Mondiale) afin de mettre en oeuvre la technologie numérique.

Les émissions en ondes courtes et la diffusion en ondes moyennes devaient bénéficier des améliorations procurées par le passage au numérique (Diminution du fading ou évanouissement du signal – Diminution des brouillages générés par des émissions voisines – Sélection automatique du meilleur signal disponible – Apport de services similaires au RDS de la FM – Compatibilité avec la diffusion analogique permettant d’utiliser les récepteurs actuels puis de passer progressivement au numérique). Mais comme on peut le constater aujourd’hui, ces belles perspectives sont finalement restées dans les tiroirs des ingénieurs ! Les Dxers qui n’ont plus qu’à souhaiter que l’occupation des bandes décamétriques soit maintenue. Croisons les doigts pour qu’un jour notre hobby n’entre pas, lui aussi, dans l’Histoire des Ondes Courtes !

Rédaction : juin 2001 / Révision : 1 Août 2018.