Dans le silence du COVID-19

I – Rappels sur la mesure des niveaux de pression acoustique

Pour mémoire

Pour la mesure des niveaux de pression acoustique on adopte comme niveau de référence la pression acoustique nécessaire pour atteindre le seuil d’audibilité à 1000 Hz qui a été fixé à 2.10-5 Pa. Cela correspond à 0 dB SPL (Sound Pressure Level). Le niveau d’audition d’un sujet pour un son donné est exprimé en dB SL (Sensation Level). Comme il peut varier selon le moment et l’état physiologique du sujet, cela ne signifie pas qu’un niveau dB SL corresponde nécessairement au niveau dB SPL. Selon l’acoustique, le silence « vrai » se situe donc à 0 dB. Il est possible d’atteindre ce niveau dans une pièce totalement insonorisée, mais il est impossible de percevoir le silence absolu car il est immédiatement interrompu par nos mouvements respiratoires et nos battements cardiaques.

1 Pa = 1 N/m²
Pref = 2.105 Pa
dB SPL = 20 Log10 (P/Pref)

II – C’est quoi le bruit ?

Le bruit est un son qui n’a pas de structure fréquentielle car il est constitué de fréquences  très désordonnées. En outre, il n’est pas très intéressant, car il ne véhicule pas d’informations utiles.

Le bruit est généralement considéré comme une gêne, car il perturbe la réception des signaux compréhensibles et utiles. En résumé le bruit est l’ennemi du signal !

Les screenshots ci-dessous montrent les formes d’onde des bruits blanc, rose et brun avec dans la partie droite, le spectre de fréquences dans la gamme 20-20k Hz. On voit nettement l’augmentation du niveau des fréquences basses du bruit blanc au bruit brun.

 

III – Le  paysage sonore

Pour un observateur placé en un point quelconque du globe, les sons qu’il perçoit constituent le paysage sonore du lieu. Ce paysage est constitué par 3 grandes familles de sons :

3.1- La biophonie

Elle est constituée par l’ensemble des sons produits par les être vivants présents dans un lieu donné. Les insectes, les oiseaux ou les cétacés produisent de tels sons pour se déplacer, communiquer, se reproduire ou chasser.

3.2 – La géophonie

Cette famille de sons est produite par des éléments naturels non vivants comme l’eau, le vent, le tonnerre ou les volcans.

3.3 – L’anthropophonie

Cette dernière famille est constituée par l’ensemble des sons produits par la vie quotidienne urbaine et rurale. Il s’agit de bruits industriels, de bruits de roulement,  des bruits de moteurs produits par les véhicules, les avions, les bateaux ou les deux-roues

Si nous détruisons le bruit, nous n’obtenons pas le silence absolu, mais une sorte de flottement acoustique. Le silence n’est donc pas le 0 dB défini en acoustique mais une absence de bruit gênant donnant une sensation de tranquillité acoustique.

IV – Quand l’anthropophonie s’efface

Durant a crise sanitaire du corona virus, l’arrêt presque total de toutes les activités urbaines et rurales durant 2 mois 1/2, a produit une baisse du niveau de bruit de 5 à 7 dB c’est-à-dire 66 à 80% de bruits en moins !

Dans ce silence temporaire, la Nature a repris ses droits et la biodiversité s’est réveillée. C’est ainsi que les oiseaux ont été entendus dans les villes et qu’ils se sont installés dans des zones désertées par l’Homme.

Pour le monde animal, ce calme acoustique est autant reposant qu’anxiogène. Il peut être réconfortant et signifier une absence de prédateur ou bien annoncer un danger proche. Pour l’Homme, les absences de bruit, de mouvements, de contacts sociaux dans des rues silencieuses et désertes peuvent générer stress et angoisses.

V – Dans le silence du covid-19

Nous sommes à Tours, le Dimanche 12 Avril 2020, jour de Pâques, il est 08:30. Alors que le confinement est établi depuis la mi-mars, le corona virus détruit les vies à une vitesse vertigineuse. 

Cet enregistrement a été effectué au Nord de la Loire, à 2.5 Km du centre ville de Tours. Si le virus a rendu la ville silencieuse, la géophonie et la biophonie sont toujours là. On entend les cloches de la Cathédrale Saint Gatien dont le volume sonore augmente au fil des minutes, un vélo qui tourne dans un rond-point, au loin la sirène d’une ambulance, le chant joyeux des oiseaux et un bruit de fond qui montre que le silence absolu n’existe pas. Il suffit d’un peu de vent dans les arbres et de quelques sons sourds provenant des activités vitales de la ville.

Enregistreur numérique SoundDevices MixPre6
Micro stéréo Audiotechnica AT825

Enregistré pendant le confinement

VI – Quand l’anthropophonie revient

Deux mois plus tard, Dimanche 14 Juin 2020,  même lieu d’enregistrement. C’est la reprise de l’activité.

On entend fortement la circulation et le bruit sourd de la ville. Les oiseaux ont pratiquement déserté les lieux. Dans les instants plus calmes, on perçoit les cris de quelques moineaux, mais ils sont fortement perturbés. Il était d’ailleurs impossible d’entendre les cloches de la Cathédrale de Tours à l’heure de la messe !

Enregistreur numérique SoundDevices MixPre6
Micro stéréo Audiotechnica BP4025

Enregistré pendant le déconfinement phase II

Le niveau de toutes les fréquences remonte considérablement, notamment la gamme des fréquences basses qui permet aux oiseaux de communiquer.

C’est un peu le revers de la médaille, car avec la reprise des activités, les zones désertées vont rapidement revenir à la vie.  Beaucoup d’oiseaux se sont installés dans les zones habituellement fréquentées par des promeneurs ou des touristes. Les zones de nidification, notamment sur les rives de la Loire,  peuvent être fortement perturbées par la présence humaine et le retour du bruit. Ainsi, l’abandon des nids par les oiseaux risque de mettre en danger la survie d’espèces.

Comme je l’indiquais dans un autre article, le bruit constituant le paysage sonore peut aussi perturber la vie sociale des être vivants. Chez les oiseaux, les fréquences basses des bruits empêchent la communication entre les individus d’une espèce et perturbent la reproduction. Ils doivent alors chanter plus fort et produire des fréquences plus hautes, mais cet exercice fatigue le syrinx, l’organe vocal des oiseaux.