Réussir ses enregistrements
1. Introduction
Voici tout d'abord quelques généralités qu'il ne sera pas inutile de rappeler. L'enregistrement implique l'acquisition de matériels : microphones, perches, câbles, enregistreur, traitement sur ordinateur, carte audio ... Sans aborder la question du budget, il faut conserver une certaine logique. Si, nous le savons tous, les coûts des matériels professionnels atteignent des sommets, un amateur averti peut quand même aujourd'hui se procurer des équipements semi-professionnels d'excellente qualité. Le temps n'est pas si éloigné lorsqu'une carte son 44.100 KHz, 16 bit représentait le top des produits : 1995 ou 1998 ? Peu importe, les entrées micro offraient un bruit de fond copieux et la qualité globale de l'époque était loin des caractéristiques offertes de nos jours.
Je disais ... conserver une certaine logique car un microphone d'entrée de gamme, souvent inadapté à l'usage que l'on souhaite en faire, ne fera pas bon ménage avec une carte audio professionnelle ou avec un enregistreur numérique haut de gamme ! Il faut donc aborder la question du choix des matériels en sachant parfaitement où nous souhaitons aller et s'assurer de la compatibilité des éléments constitutifs de la chaîne.
Vous devrez aussi vérifier l'adéquation de vos équipements avec le" terrain d'action". Le volume occupé par un ou des microphones, des câbles peu discrets, la fragilité de certains matériels seront autant de contraintes en extérieur. Et puis, pour clore cette introduction, pensez aux diverses sources d'alimentation qui vous seront nécessaires dans des zones où les petits consommables ne seront facilement disponibles. Piles, batteries, blocs d'alimentation secteur ... le moindre défaut sur ce point et vous pourrez dire adieu à votre enregistrement de l'année !
2. L'enregistreur
Les enregistreurs numériques sur disque dur ou carte Flash ont maintenant pris le pas sur les enregistreurs analogiques de nos jeunes années. Nous laisserons de côté les matériels à bandes ou à cassettes envers lesquels nous conserverons une pensée émue. Toujours utiles en studio, ces modèles se raréfient sur le terrain au profit d'enregistreur numériques légers.
Ces nouveaux enregistreurs ne sont pas toujours à la hauteur des éloges lus dans la presse ou les fiches techniques des constructeurs. Une fabrication parfois légère, un énorme défaut d'étanchéité à la poussière, des préamplis donnant un niveau de bruit très décevant, voici des points faibles qui peuvent rapidement faire regretter un achat ... Il s'agit donc de bien vérifier les caractéristiques auprès des spécialistes et de ne pas hésiter à poser des questions aux utilisateurs en parcourant les forums spécialisés. Cela dit un préampli moyen associé à un excellent microphone peut convenir s'il s'agit d'enregistrer des signaux présentant un niveau élevé (moteur, bruitage industriel, reportage, interview).

Un enregistreur numérique
Un préampli médiocre posera surtout des problèmes pour l'enregistrement de niveaux faibles. Même avec un excellent microphone, il faudra nécessairement pousser le niveau du préampli pour atteindre un niveau d'enregistrement acceptable. Cette manoeuvre se traduira en lecture (playback) par l'apparition d'un bruit de fond très élevé dans les ambiances calmes ou les signaux de faible volume. La parade technique se nomme "mixette", petit mélangeur intercalé entre les micros et l'enregistreur, permettant d'adapter les niveaux (MIC - LINE - AES - S/PDIF) et d'attaquer les entrées de divers équipements.
3 - Directionnalité des microphones
On distingue 3 familles de microphones en fonction de la directionnalité :
3.1 - Omnidirectionnel
Le micro capte tous les sons ambiants quelle que soit sa position.
Le micro omnidirectionnel capte les sources sonores dans une large périphérie, cela signifie qu'il capte aussi les sons indésirables comme les bruits de moteurs ou les conversations. Ce type de micro n'est pas adapté à l'interview.
3.2 - Cardioïde
Le micro ne capte les sons que dans une seule direction mais avec un angle d'ouverture assez large.
3.3 - Hyper-cardioïde
Le micro ne capte les sons que dans une seule direction mais avec un angle d'ouverture très étroit.
Les deux derniers types de micro permettent de sélectionner la source sonore avant, tout en atténuant les sons provenant de l'arrière. On les utilisera donc pour une interview dans un milieu particulièrement bruyant. L'emploi d'un type hyper-cardioïde peut aussi présenter un inconvénient car une trop forte directrionnalité se traduit par des baisses de niveaux et une réduction des fréquences aiguës lorsque l'interviewé se détourne de l'axe du micro. Pour ce type d'exercice, on pourra choisir un micro électrostatique cardioïde qui atténuera suffisamment les sons indésirables tout en permettant une certaine mobilité de la personne qui parle !
Certains micros permettent plusieurs de ces choix de directionnalité. La sélection s'effectue par un bouton sélecteur placé sur le micro.

Micro stéréo "broadcast"
4 - La connectique
Le raccordement des matériels s'effectue souvent de façon négligée chez les non-professionnels. On pense pouvoir faire quelques économies sur des "bouts de fils" alors que la qualité de la connectique est essentielle dans les raccordements entre les appareils. Des composants haut de gamme ne donneront que des résultats médiocres s'ils présentent des liaisons défectueuses.
Nous savons tous qu'il est facile d'acheter des cordons en grandes surfaces : il ne sont pas chers, prêts à l'emploi et à l'aide d'un ou deux adaptateurs supplémentaires on réalise une connexion à bon compte. Outre les mauvaises caractéristiques des conducteurs bon marché, ces câbles présentent des soudures qui finissent par céder. Surveiller les fils les plus fins : ils sont fragiles. Ne débranchez jamais un cordon en tirant sur le fil : retirez toujours soigneusement chaque prise en la saisissant fermement. Retenez que les économies réalisées se traduiront souvent par un affaiblissement des signaux électriques et un risque de voir apparaître des parasites très désagréables.
En règle générale vous aurez intérêt à choisir d'emblée des cordons de bonne qualité. Surveillez l'état des prises et des câbles. Si vous ne trouvez pas les cordons adaptés à vos besoins, n'hésitez pas à les faire confectionner par un technicien audio qualifié. Il sera à même de réaliser vos câbles sur mesures et dans les règles de l'art pour optimiser la transmission des signaux.
On pourra se rapporter à la page connectique de ce site qui vous donnera plus d'informations sur le sujet, en particulier sur les liaisons symétriques/asymétriques, les fiches jack, les fiches Canon XLR).
5 - L'enregistrement
Il s'agit d'aborder dans ce paragraphe les questions relatives au lieu d'enregistrement, au positionnement des matériels et aux divers réglages qui doivent vous permettre d'enregistrer dans de bonnes conditions. Nous nous risquerons aussi à donner quelques conseils.
Le lieu d'enregistrement est d'abord fonction du son que l'on souhaite enregistrer et bien souvent nous n'aurons pas la liberté de choisir l'endroit. Certains sons n'existent que dans des lieux très précis et nulle part ailleurs. Ce lieu est finalement très important car il déterminera non seulement les conditions techniques de l'enregistrement (mono, stéréo, type de micro, montage du couple de micros), mais aussi le rendu final de la prise de son. Chaque espace possède en effet ses propres caractéristiques de propagation des sons et il faudra naturellement en tenir compte pour ne pas faire d'erreur (sons caverneux dans une petite pièce feutrée !).
5.1 - En intérieur
Dans le cas idéal d'un enregistrement de studio, l'enregistrement d'une voix ou d'un instrument peut se faire en chambre sourde qui présente un double avantage : isolation acoustique optimale vis à vis des perturbations extérieures, mais aussi réduction ou suppression des effets de réverbération. On trouvera quelques informations techniques sur ce sujet dans les pages sur l'isolation acoustique, le son et les effets.
Dès l'instant que la prise de son ne s'effectuera plus en chambre sourde ou en studio, nous serons confrontés à deux problèmes : les bruits extérieurs et la réverbération propre au lieu. En règle générale l'isolation des murs et des fenêtres ne protège pas totalement des bruits parasites extérieurs. Certaines constructions sont donc loin d'être parfaites et pour la séance d'enregistrement (voix, bruitages) il sera préférable de choisir un jour relativement calme (pas de travaux dans la rue, peu de circulation routière ou aérienne, toutes les portes et les fenêtres fermées).
Les structures transmettent aussi des bruits parasites dits "solidiens" (coups dans les murs) et les ondes issues des sources sonores ne manqueront pas de subir de multiples réflexions sur des surfaces peu absorbantes. Plus les dimensions des pièces seront grandes, plus le temps de réverbération sera important et plus le champ réverbéré sera recouvert ... Ce qui peut constituer un effet recherché ou tout autant nuire à l'intelligibilité des paroles.
Dans les enregistrements en intérieur, on oublie souvent les bruits quotidiens devenus si familiers qu'ils échappent totalement à la vigilance du preneur de son. Bruits de meubles, de vaisselle, interrupteurs, moteurs électriques, la liste est longue. Il faut naturellement éviter ces bruits parasites qui ne pourront pas être éliminés et qui détérioreront la qualité finale de l'enregistrement.
On notera que les conversations à plusieurs personnes, dans une salle à manger, un restaurant ou un café, ne sont pas du meilleur effet et se traduisent souvent par une purée de sons inintelligibles et inexploitables. A moins que l'on recherche volontairement un effet de brouhaha et de paroles confuses ...
5.2 - En extérieur
L'enregistrement en extérieur est plus délicat à réaliser. Si nous ne sommes pas confrontés aux effets de salle et aux réverbérations contre les surfaces, les bruits parasites de la rue et surtout le vent peuvent devenir nos pires ennemis.
Le vent constitue un problème majeur car il perturbe très fortement les micros sensibles qui ne sont généralement pas protégés contre ce désagrément. En outre ce même vent rend un enregistrement totalement inexploitable en produisant des bourdonnements et des saturations que l'on ne pourra pas supprimer à l'édition.
Nous avons alors deux possibilités : Choisir des micros peu sensibles au vent et aux plosives ou utiliser des protections efficaces.
On se munira de bonnettes en mousse, de bonnettes en fourrure synthétique aux poils plus ou moins denses et longs (chiens), de coques de protection isolées du vent et de suspensions adaptées ... bref il faudra que le micro, élément très sensible, puisse être suffisamment protégé du vent et des vibrations. On aura évidemment aussi intérêt à choisir des endroits bien abrités du vent.

Bonnette en mousse, suspension de micro et support
6 - Positionnement du micro
Le micro sera toujours placé au plus près de la source sonore pour limiter la perception de sons périphériques parasites. Dans une pièce, on évitera le placement sur les axes de symétrie, c'est-à-dire au centre, dans les angles ou sur les diagonales. La localisation contre un mur est également à éviter en raison des risques de concentration d'ondes stationnaires, particulièrement des basses fréquences perturbant fortement les enregistrements.
Pour l'enregistrement stéréo on fera des essais préalables en testant divers types de montages (distance entre les micro, type de montage, micro stéréo). A titre d'exemple, le positionnement du micro stéréo AT 825 peut donner des résultats très variables en fonction de son placement par rapport à la source sonore . Ceci se vérifie lors d'enregistrements de chorales ou d'orchestres. Suivant la position du micro formé de deux capsules à 90°, le champ sonore peut être perçu de façons très différentes.
Pour un enregistrement de type "interview" il semble corect de respecter une distance d'une trentaine de centimètres entre le micro et le locuteur. On limitera ainsi les saturations sur les sons forts et les trop grands écarts de dynamique, tout autant que les effets des plosives, les sifflantes, le souffle ou les postillons
Pour un enregistrement effectué en milieu particulièrement bruyant, un micro cardioïde ou hypercardioïde sera le bienvenu pour limiter les sons indésirables. On pourra aussi orienter le micro de façon à limiter la capture de sons indésirables (arrière du micro).
7 - Fixation du micro et équipements annexes
L'équipement de base sera constitué d'une perche télescopique légère en carbone (1,5~3 mètres) , d'une suspension isolant le micro des vibrations et des bruits de mains et enfin d'une protection efficace contre le vent. A titre d'exemple, avec un micro stéréo Audiotechnica AT825, j''utilise non seulement la bonnette de mousse d'origine mais je la recouvre totalement et soigneusement d'un "chien" de bonne dimension. Cette solution n'atténue pas trop les fréquences aigües et donne de bons résultats en matière de protection contre les bruits parasites occasionnés par le vent.
On prendra soin de bien fixer le micro sur la perche soit en utilisant le support plastique livré avec le micro ou mieux une suspension. Généralement pour des supports improvisés je sécurise la fixation au moyen d'un ruban isolant auto-soudable. L'ensemble est parfaitement fixé, ne vibre pas, et sécurise des micros dont la valeur mérite bien cette précaution.
Pour l'intérieur, un pied avec perche réglable, un pied de table et un filtre anti-pops correctement fixé pour "casser" les plosives ... Un truc vieux comme le monde pour fabriquer un anti-pops de fortune : un cintre métallique récupéré dans un pressing enfilé dans un bas bien tendu et le tour est joué !

Filtre anti-pops
8 - Réglage du niveau d'enregistrement dans un éditeur audio
Une page du site est dédiée au réglage du niveau d'enregistrement, vous pourrez la consulter utilement.

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