Comment enregistrer la nature
1 – Nos oreilles ne vont pas en croire leurs yeux !

La nature produit une infinité de sons, provenant de la terre, des éléments, des végétaux ou des animaux. Comment ne pas tendre l’oreille, en entendant le chant d’un oiseau, les stridulations d’un grillon, ou le son d’une rivière ?
Capturer un son, identifier son origine, analyser sa structure pour en comprendre le sens, ou le mettre en valeur dans une composition artistique, c’est ce que fait l’audio-naturaliste.
Ainsi, nous évoluons quotidiennement dans un univers d’informations sonores dont certaines présentent un réel intérêt esthétique. En règle générale, peu de personnes y sont sensibles. L’audio-naturaliste, comme le photographe, a cette même responsabilité de faire découvrir au monde les sons qu’il n’entend pas. Savoir écouter, garder l’oreille attentive et s’exercer chaque jour à découvrir de nouvelles merveilles de la Nature.
L’enregistrement des sons de la nature requiert de la méthode et des compétences à la fois techniques, organisationnelles et artistiques. Cette activité ne peut se pratiquer sans le respect absolu de l’être vivant et de l’environnement. Il en faudra de la patience avant que le son espéré ne perce le silence, mais quelle joie de rentrer d’une promenade avec le souvenir de paysages parsemés de sons multicolores . Cette fois c’est sûr, nos oreilles ne vont pas en croire leurs yeux !
2 – Le choix des matériels
Avant tout achat de matériels, il convient de bien définir ses objectifs et ses besoins. Il faudra aussi consacrer un budget plus ou moins important pour l’achat des équipements (enregistreur numérique, jeu de microphones, ordinateur, logiciels de traitement, stockage de données audio).
2.1 – Un investissement pour le long terme
Lorsqu’on aborde un loisir technique, on commence souvent avec des moyens modestes, histoire de voir si l’on est suffisamment mordu. Un enregistreur grand public peut faire l’affaire au départ, mais avec le temps et l’expérience, les exigences augmentent. Pour capter toute la subtilité et la finesse des sons de la nature le matériel de base ne suffit plus. La technique évoluant très rapidement, on finit par se procurer des matériels professionnels. L’audio-naturaliste accepte difficilement les compromis, car son matériel doit permettre l’acquisition de sons d’intensités très variables. La chaîne d’enregistrement doit rester cohérente, depuis le micro jusqu’à l’enregistreur en passant par les câbles. Tout doit être solide et de qualité irréprochable car on imaginerait mal un super micro raccordé à un préamplificateur générant un bruit inacceptable.
2.2 – Les conditions d’utilisation des matériels
En pleine nature, les matériels sont soumis aux pires conditions : Poussière, sable, brouillard, pluie, neige, températures extrêmes. La qualité de fabrication est essentielle au même titre que les performances techniques. Les conditions d’utilisation parfois rudes imposent que les matériels soient résistants et parfaitement protégés pour qu’ils puissent durer dans le temps. Les équipements professionnels répondent à ces exigences.
3 – L’enregistreur numérique
Depuis plusieurs années j’utilise des enregistreurs numériques ainsi que des petits enregistreurs numériques portables (PENP) Tous les matériels professionnels sont évidemment très coûteux mais la gamme étendue des PENP doit vous permettre de trouver un matériel à la hauteur de vos exigences.
3.1 – Les petits enregistreurs numériques portables (PENP)
Depuis le magnétophone à cassettes, les enregistreurs ont fortement évolué. Aujourd’hui, ils ont laissé la place à une multitude d’enregistreurs numériques très pratiques, mais attention, ils n’offrent pas tous la même qualité d’enregistrement.
En entrée de gamme, pour une somme modique, l’enregistreur sera doté de microphones intégrés et de préamplis aux performances souvent insuffisantes (le niveau de bruit augmentant avec le gain micro).
En outre, la résolution et la fréquence d’échantillonnage ne seront pas toujours adaptées. Voici quelques liens permettant de se faire une idée plus précise sur ces matériels :
>>> en savoir plus : Les enregistreurs numériques portables chez Thomann
>>> en savoir plus : Les enregistreurs numériques portables chez LeMicrophone.fr
Ces distributeurs de matériels audio sont donnés à titre indicatif mais vous trouverez d’autres adresses sur le web !.
3.2 – Les enregistreurs professionnels
Dans ces gammes d’équipements, la qualité des composants est généralement au rendez-vous, mais on dépasse largement le budget consacré à l’achat d’un PENP.
Les accessoires comme les cordons, les alimentations secteur ou les batteries et chargeurs sont généralement onéreux, mais les produits de marque ont un prix.
On y trouvera son compte sur la qualité de fabrication, les fonctionnalités, la solidité, la connectique. Les enregistreurs numériques présentent un énorme avantage par rapport aux enregistreurs à bandes ou à disques : l’absence de mécanique élimine tous les bruits de mouvements de pièces ! En outre, ils offrent la possibilité d’enregistrer les sons en format non compressé (16 à 32 bit float / 44 à 192 KHz).

Sound Devices 833 recorder
Synthèse des critères techniques à examiner
- Qualité des préamplis micros, niveau de bruit
- Transfert rapide des fichiers vers un ordinateur (type de connecteur)
- Type de connecteurs pour les micros externes
- Formats d’enregistrement (PCM, BWF, MP3)
- Résolution maximale d’enregistrement et fréquence d’échantillonnage (32bits float , 192kHz),
- Type de stockage des données (disque dur, cartes, capacité)
- Type d’alimentation (piles standard ou accus spécifiques)
- Boutons de transport (lecture, enregistrement, fast rewind, fast forward)
- Time Code
Voici quelques références bien connues
4 – Les microphones
Le choix d’un micro s’effectue suivant plusieurs critères : Le budget, son utilisation, son bruit propre, sa directivité, sa sensibilité, sa courbe de réponse et son adaptation à l’enregistreur. Le choix n’est pas simple, mais les sites spécialisés vous aideront considérablement pour l’achat de micros et l’approche technique de la prise de son. Un montage réalisé sur trépied apportera plus de stabilité qu’un montage sur poignée susceptible de produire des bruits de manipulation.
4.1 – Les micros à condensateur
Un micro à condensateur est constitué d’un mince diaphragme conducteur, suspendu au-dessus d’une plaque arrière, formant ainsi un condensateur flexible. En percutant le diaphragme, les ondes sonores font varier la distance entre ce dernier et la plaque arrière. La variation de capacitance produit une variation de la tension. Un circuit électronique convertit ces modifications de tension en un signal envoyé au préamplificateur.
La puissance requise par ce type de micro est assurée par une alimentation fantôme 24/48 volts, fournie en général par l’enregistreur ou une mixette. On parle d’alimentation « fantôme » car elle n’a aucun effet sur le signal sortant du micro (quelques millivolts) mais aussi parce qu’ elle est véhiculée dans le câble audio avec une forte résistance. De par son principe, l’alimentation fantôme ne peut être transmise que par un câble audio dit symétrique, c’est-à dire avec 3 connecteurs (point chaud-point froid-masse), ce qui est le cas des câbles utilisés pour les micro avec des connecteurs de type XLR.
Les micros à condensateur sont plus sensibles et plus précis que les microphones dynamiques, mais ils sont aussi plus fragiles. Ils couvrent généralement un large spectre de fréquences. Le bruit propre du micro doit être le plus faible possible (10/15 dBA).
Les micros à condensateur craignent l’humidité et la poussière. C’est pour cela qu’ils doivent être conservés dans leur étui de protection quand ils ne sont pas utilisés.
Enfin, sachez que pour vous adapter à de nombreuses situations, il vous faudra quelques modèles de micros (condensateur, mono, stéréo, contact, hydrophone, parabole) .
Pour une restitution correcte de l’image stéréo, le montage le plus fréquemment utilisé est constitué de deux micros de type canon (hypercardioïdes), munis de suspensions et montés en XY, AB ou ORTF ou encore en utilisant la technique d’enregistrement MS (1)
(1) Dispositif totalement compatible mono, convient bien à la prise de son de proximité car il permet de centrer la prise sur un sujet tout en conservant l’ambiance générale d’un lieu.
4.2 – Les microphones de contact
Les microphones de contact sont des micros dynamiques fonctionnant sans alimentation fantôme 48V. Ils permettent de saisir les vibrations dans les matériaux solides, offrant ainsi une gamme variée de textures sonores. On peut les fixer sur des surfaces telles que des rochers, des murs, des fenêtres, des tuyaux, des arbres ou au sol pour capter les vibrations qui seront converties en signaux audio. Les microphones de contact sont extrêmement utiles dans les situations où les ondes sonores ne se propagent pas efficacement dans l’air, mais où les sons générés provoquent des vibrations mécaniques qui peuvent être captées par le microphone.

Microphone de contact
4.3 – Les hydrophone comme le Manaliveaudio
Cet hydrophone fonctionne sans alimentation 48V (micro dynamique) mais il nécessite une amplification de signal. Il faut donc lui fournir un gain suffisamment élevé pour amplifier le signal capté. Ce micro peut répondre à de multiples utilisations grâce à des têtes interchangeables (capture de sons sous l’eau chaude ou glacée, en surface, sur ou sous la terre) …
Les têtes interchangeables se vissent sur la capsule suivant l’utilisation que l’on souhaite faire de l’hydrophone.
Hydrophone : Tête suffisamment lourde pour couler en profondeur
Flotteur : Tête légère pour flotter en surface
Magnet-contact : Tête fine dotée d’un aimant pour se fixer sur les surfaces métalliques
Ventouse contact : Tête fine dotée d’une ventouse pour se fixer sur les surfaces planes
Pic de Terre : Pic pour capter les vibrations proches sous terre
Appât : Tête munie d’une cavité pour enfermer un appât attirant des poissons ou autres animaux.
Cet hydrophone se caractérise par sa grande qualité de fabrication et le choix de matériaux solides. Utilisé en mer avec la « tête plongeante », il captera des animaux marins, les chants des baleines ou les communications des dauphins.ou même le bruit des navires ou des forages !
4.4 – Les microphones paraboliques
Une parabole est une coupole qui concentre en son foyer les sons éloignés reçus sur toute sa surface. On peut ainsi viser un sujet situé dans une direction précise, tout en limitant les ambiances gênantes.
5 – Les mixettes
Les préamplis microphoniques inclus dans les enregistreurs numériques doivent être de bonne qualité, ce qui est généralement le cas pour les matériels professionnels. Le micro étant raccordé à l’appareil, le préampli va devoir amplifier le courant faible provenant du microphone pour alimenter le convertisseur analogique-numérique. Il doit donc posséder d’excellentes caractéristiques (classe A). Dans le cas contraire, on peut faire l’acquisition d’une mixette. Certes, cela n’arrange pas les finances et augmente le poids du sac à porter, mais une mixette vous sera utile dans bien des cas. Pourvue de deux canaux ou plus, elle vous permettra d’adapter la connectique XLR de vos micros à l’entrée « ligne » de vos enregistreurs (INPUT XLR ou jack stéréo 3.5 mm). Vous pourrez ainsi shunter les préamplis de piètre qualité, qui vous pourrissent la vie en générant un souffle infernal. Le bruit constant produit par les circuits électroniques est l’ennemi numéro des preneurs de sons. Lui qui s’acharne à isoler des sons cristallins de petites bêtes, des sons si faibles qu’il doit monter le niveau de l ‘enregistrement. Et là catastrophe!. Alors il faut user du « denoiser » de l’éditeur audio pour enlever ce bruit, au risque de porter atteinte à la matière sonore. En faisant l’acquisition d’une mixette professionnelle on est certain de disposer de circuits électroniques de haute qualité. Le résultat donne généralement de grandes satisfactions. Le souffle disparaît et on découvre enfin ses micros.
6 – En résumé, quel micro dois-je utiliser ?
Les sons d’animaux proches s’enregistrent généralement en mono. Un micro canon (shot gun) capturera le son de l’animal isolé. On peut aussi utiliser une parabole afin d’éliminer les sons venant de l’arrière et des côtés. C’est avec ces montages que vous enregistrerez, un chant oiseau, un insecte ou une grenouille !
Si vous souhaitez maintenant placer votre sujet au milieu d’un champ sonore, vous pourrez utiliser toutes les techniques de prise de son stéréo, omni, ou cardioïde. De même pour enregistrer un large paysage sonore, le son de la pluie ou de l’orage.
>>> en savoir plus : Le microphone de A à Z
>>> en savoir plus : Comment bien enregistrer des sons
7 – Les techniques d’approche
La prise de son peut s’effectuer de différentes manières :
L’enregistrement » à la volée »
Au cours de ses déplacements, le preneur de son peut se trouver face à des situations inhabituelles qui lui offriront l’opportunité d’enregistrer des sons rares. Il faut naturellement disposer de matériels à mise en oeuvre rapide et être très réactif pour ne pas laisser le son s’échapper. Les micros sont montés sur une perche ou une poignée.
L’enregistrement « posté »
Un repérage préalable des lieux permettra de choisir le meilleur « poste » d’enregistrement. Il s’agit en fait de trouver l’emplacement le plus favorable pour capter les sons émis par le sujet (distance sujet-micro , protection du vent, topographie des lieux, propagation des sons). On peut ainsi définir plusieurs postes qui seront exploités au cours d’une journée d’enregistrement.
L’utilisation d’une parabole
On l’utilise généralement pour la capture de sons situés entre 10 et 30 mètres. En dessous de 10 mètres le son présente des distorsions, et au delà de 30 mètres, on récupère toute la pollution sonore due à l’amplification du signal. Le son capté se prête bien à l’analyse spectrale pour l’étude des chants et des cris d’animaux ou pour la réalisation de paysages sonores.
Le piège à sons
Le piège à sons consiste à installer des micros camouflés sur un poste d’enregistrement afin de capter les sons durant plusieurs heures. Cette technique permet de saisir toutes les variations des sons au cours du temps (jour, nuit, météo, déplacements).
Le comportement sur site
Quelle que soit la technique d’approche, voici quelques recommandations utiles :
- Portez des vêtements confortables ne produisant pas de bruits de frottements,
- Evitez les couleurs voyantes,
- Respectez les lieux, la faune et la flore,
- Déplacez vous en silence,
- Restez discret et patient dans l’attente des sons.
8 – Retour au studio
De retour dans votre studio, il faudra transférer les fichiers audio sur votre disque dur en vue de leur traitement en post production dans un éditeur audio (Audacity, Sound Forge Pro, RX iZotope) …
Vous devrez tout d’abord supprimer toute les parties inutiles ou gênantes comme les passage « blancs », les bruits de frottement du câble sur la perche, les bruits de main ainsi que les parties « polluées » par des sons non désirés.
Vous pourrez aussi supprimer le bruit de fond au moyen d’un outil « Denoiser » en évitant d’altérer le message sonore, filtrer certaines fréquences au moyen d’un EQ, corriger le volume de quelques dB ou effectuer un normalisation.
Cela dit, je vous conseille de toujours conserver un fichier original non retouché surtout si vous envisagez d’effectuer une analyse spectrale !
>>> en savoir plus : La restauration audio
9 – L’archivage des données audio
Quand on a enregistré des milliers de sons il est essentiel de les classer et de les annoter. Chacun procédera comme il l’entend (le petit cahier à encore de beaux jours devant lui !) mais je vous invite à faire usage des « TAGS » pour marquer vos fichiers (date-heure-lieu-coordonnées GPS-infos techniques sur le matériel) . Ce travail demande du temps et de la méthode. Il doit être réalisé rapidement pour le pas oublier de précieux détails.
>>> en savoir plus : l’archivage des données audio
>>> en savoir plus : les noms de fichiers et les métadonnées
Page publiée le : 17/07/2014
Dernière modification : 10/11/2025
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