Comment enregistrer la nature

Dernière MAJ : 24/07/2017

1 – Nos oreilles ne vont pas en croire leurs yeux !

grenouillle_arboricoleLa nature produit une infinité de sons, provenant de la terre, des éléments, des végétaux ou des animaux. Comment ne pas tendre l’oreille, ici le chant d’un oiseau, là les stridulations d’un grillon, plus loin des branches qui craquent. Pour le chasseur de sons, le choix est vaste, mais en même temps, on se dit que ce bonheur est bien éphémère et qu’il faut en profiter avant qu’il ne soit trop tard. Le bonheur d’écouter le chant d’une rivière ou d’une cascade qui surgit de la montagne. Le cri d’un animal, une pluie chaude d’été, la glace qui craque sous nos pas. Etre à l’affût du moindre son et le capter de peur qu’il nous échappe définitivement. L’audionaturaliste ne collectionne pas les sons pour le plaisir de posséder. Il cherche à identifier et à comprendre la signification d’un chant ou d’un cri. Ainsi, nous évoluons quotidiennement dans un univers d’informations sonores dont certaines présentent un réel intérêt esthétique. En règle générale, peu de personnes y sont sensibles. L’audionaturaliste, comme le photographe, a cette même responsabilité de faire découvrir au monde les sons qu’il n’entend pas. Savoir écouter, garder l’oreille attentive et s’exercer chaque jour à découvrir de nouvelles merveilles de la Nature. Sachons apprécier cela. La prise de son animalière est un loisir qui prend beaucoup de temps et qui suppose une mise de fonds importante dans les équipements. C’est aussi une bonne leçon d’humilité car malgré les performances de l’équipement sophistiqué et le savoir-faire du preneur de son , le sujet aura toujours le dernier mot. Cette activité ne peut se pratiquer sans le respect absolu de l’être vivant et de l’environnement. Il en faudra de la patience avant que le son espéré ne perce le silence, mais quelle joie de rentrer d’une promenade avec le souvenir de paysages parsemés de sons multicolores . Cette fois c’est sûr, nos oreilles ne vont pas en croire leurs yeux !

2 – Les contraintes

2.1 – Un investissement pour le long terme

Lorsqu’on aborde un loisir technique, on commence souvent avec des moyens modestes, histoire de voir si l’on est suffisamment mordu. Un enregistreur grand public peut faire l’affaire au départ, mais avec le temps et l’expérience, les exigences augmentent. Pour capter toute la subtilité et la finesse des sons de la nature le matériel de base ne suffit plus. La technique évoluant très rapidement, on finit par se procurer des matériels professionnels. L’audionaturaliste accepte difficilement les compromis, car son matériel doit permettre l’acquisition de sons d’intensités très variables. La chaîne d’enregistrement doit rester cohérente, depuis le micro jusqu’à l’enregistreur en passant par la mixette et les câbles. Tout doit être solide et de qualité irréprochable car on imaginerait mal un super micro raccordé à un préamplificateur générant un bruit inacceptable.

2.2 – Les conditions d’utilisation des matériels

En pleine nature, les matériels sont soumis aux pires conditions : Poussière, sable, brouillard, pluie, neige, températures extrêmes … Ces conditions d’utilisation très rudes imposent que les matériels soient résistants et parfaitement protégés pour qu’ils puissent durer dans le temps. Les équipements professionnels sont conçus dans cet esprit et outre le soin apporté à la fabrication, ils sont solides et performants.

3 – Le choix d’un enregistreur numérique

Depuis plusieurs années j’utilise du matériel professionnel Sound Devices. Le seul petit enregistreur numérique portable (PENP) dont je dispose est un modèle déjà sophistiqué, l’Olympus LS 100. Les micros extérieurs et l’enregistreur sont raccordés à une MixPre Sound Devices. Tous les matériels professionnels sont évidemment très coûteux mais la gamme étendue des PENP doit vous permettre de trouver un matériel à la hauteur de vos exigences

3.1 – Les PENP

Olympus LS 100 – MixPre – PMD660

Depuis le magnétophone à cassettes, les enregistreurs ont fortement évolué. DAT et MiniDisc ont laissé la place à une multitude de petits enregistreurs portables très pratiques, mais attention, ils n’offrent pas tous la même qualité d’enregistrement. Si ce type d’enregistreur peut parfaitement convenir pour l’enregistrement de sons forts (augmentation du rapport signal/bruit), il risque de ne pas convenir pour l’enregistrement des sons faibles.
Ainsi, on aura tendance à augmenter le gain des préamplis sur les faibles signaux, ce qui occasionnera un souffle permanent venant se superposer au signal utile. Le souffle rendra l’écoute pénible et masquera certains éléments de la scène sonore. Voici quelques liens permettant de se faire une idée plus précise sur ces matériels, on verra plus loin qu’une parade est possible en utilisant une mixette.

>>> en savoir plus : Dossier sur les ENP
>>> en savoir plus : wingfieldaudio.com – essai comparatif
>>> en savoir plus : wingfieldaudio.com – enregistrements tests
>>> en savoir plus : Les enregistreurs numériques portables chez Thomann

* Il y a naturellement d’autres distributeurs de matériels audio sur le Web. La société Thomann n’est donné qu’a titre d’exemple afin de se faire une idée des matériels actuellement commercialisés.

3.2 – Les enregistreurs professionnels

Sound Devices MixPre 6

Dans ces gammes d’équipements, la qualité des composants est généralement au rendez-vous, mais on dépasse largement le budget consacré à l’achat d’un PENP. Les accessoires comme les cordons ou les alimentations secteur sont généralement onéreux, mais les produits de marque ont un prix … On y trouvera son compte sur la qualité de fabrication, les fonctionnalités, la solidité, la connectique. Les enregistreurs numériques présentent un énorme avantage par rapport aux enregistreurs à bandes ou à disques : l’absence de mécanique élimine tous les bruits de mouvements de pièces ! En outre, la possibilité d’enregistrer les sons en format non compressé préserve la qualité du son original (wav 24bit/96 ou 192 KHz).

>>> en savoir plus sur les matériels audio pro : VideoPlusFrance.com

Sound Devices 702T

Synthèse des critères techniques à examiner
  • Transfert rapide des fichiers vers un ordinateur (USB2,Firewire 400/800)
  • Présence de micros internes
  • Type de connecteurs pour les micros externes
  • Formats d’enregistrement (PCM, BWF, MP3)
  • Résolution maximale d’enregistrement et fréquence d’échantillonnage
  • Type de stockage des données (disque dur, cartes, capacité)
  • Type d’alimentation (piles standard ou accus spécifiques)
  • Qualité des préamplis micros
Faites la balance entre vos besoins et votre budget

Un ancien professionnel du son aura tendance à s’orienter vers du matériel haut de gamme alors que l’amateur débutant fera suivant ses moyens, le budget étant parfois limité. Tout dépend où se place votre niveau d’exigence et de la qualité d’enregistrement que vous recherchez. On n’obtient pas les mêmes résultats avec un ensemble enregistreur/micros professionnel ou avec un PENP dont les micros sont intégrés.

Cela ne signifie pas pour autant qu’un équipement simple ne vous donnera pas satisfaction mais sachez simplement reconnaître que les matériels ont des limites et qu’il ne faut pas exiger des performances élevées si on utilise un équipement d’entée de gamme

Voici quelques références bien connues

Aaton
Nagra
Sonosax
Sound Devices

4 – Les microphones

Le choix d’un micro s’effectue suivant plusieurs critères : Le budget, son utilisation, son bruit propre, sa directivité, sa sensibilité, sa courbe de réponse et son adaptation à l’enregistreur. Le choix n’est pas simple, mais les sites d’audionaturalistes et les forums vous aideront considérablement dans vos débuts pour l’achat de micros ou pour apprendre les techniques de prise de son (montages, approche silencieuse, affût ou pose de pièges à sons) . Vous trouverez de précieux conseils dans les sites Web des associations.

4.1 – Les micros à condensateur

bp4025Le micro doit être choisi en fonction de l’activité à laquelle il est destiné. De par ses caractéristiques propres, il ne sera pas forcément adapté à tous les types d’enregistrements que vous allez effectuer (son d’ambiance, eau, insectes, batraciens, oiseaux). Le choix s’orientera principalement vers les micros à condensateur. Ces micros sont plus sensibles et plus précis que les microphones dynamiques, mais ils sont aussi plus fragiles. Ils couvrent généralement un large spectre de fréquences. On utilise une suspension pour éviter la transmission les vibrations occasionnées par les bruits de mains ou de câble. Le bruit propre du micro ne doit pas excéder 16 dB A. Leur utilisation nécessite une alimentation fantôme allant de 9 à 58V (norme 48V). Cette alimentation électrique est fournie au micro par l’appareil sur lequel il est branché (table de mixage, mixette, enregistreur). Elle permet d’alimenter le préamplificateur contenu dans les microphones. On la dit « fantôme » car elle n’a aucun effet sur le signal sortant du micro (quelques millivolts) mais aussi parce qu’ elle est véhiculée dans le câble audio avec une forte résistance. De par son principe, l’alimentation fantôme ne peut être transmise que par un câble audio dit symétrique, c’est-à dire avec 3 connecteurs (point chaud-point froid-masse), ce qui est le cas des câbles utilisés pour les micro avec des connecteurs de types XLR.

Les micros à condensateur craignent l’humidité et la poussière. C’est pour cela qu’ils doivent être conservés dans leur étui de protection quand ils ne sont pas utilisés. Il faudra bien se documenter et recueillir différents avis auprès d’ utilisateurs expérimentés car les micros statiques ne sont pas tous adaptés à la prise de son en extérieur (bruit dû à l’humidité, manque de sensibilité dans les hautes ou basses fréquences).

Enfin, sachez que pour vous adapter à de nombreuses situations, il vous faudra quelques modèles de micros . Pour une restitution correcte de l’image stéréo, le montage le plus fréquemment utilisé par les chasseurs de sons est constitué de deux micros de type canon (hyper directionnels), montés en XY, AB ou ORTF ou encore en utilisant la technique d’enregistrement MS (1)

(1) Dispositif totalement compatible mono, convient bien à la prise de son de proximité car il permet de centrer la prise sur un sujet tout en conservant l’ambiance générale d’un lieu.

5 – Les mixettes

MixPre Sound Devicesmixettes

Les préamplis microphoniques inclus dans les enregistreurs numériques doivent être de bonne qualité, ce qui est généralement le cas pour les matériels professionnels. Le micro étant raccordé à l’appareil, le préampli va devoir amplifier le courant faible provenant du microphone pour alimenter le convertisseur analogique-numérique. Il doit donc posséder d’excellentes caractéristiques. Dans le cas contraire, il faut faire l’acquisition d’une mixette. Certes, cela n’arrange pas les finances et augmente le poids du sac à porter, mais une mixette vous sera utile dans bien des cas. Pourvue de deux canaux ou plus, elle vous permettra d’adapter la connectique XLR de vos micros aux entrées « ligne » de vos enregistreurs (INPUT XLR ou jack stéréo 3.5 mm). Vous pourrez ainsi shunter les préamplis de piètre qualité, qui vous pourrissent la vie en générant un souffle infernal. Le bruit constant produit par les circuits électroniques est l’ennemi numéro un de l’audionaturaliste. Lui qui s’acharne à isoler des sons cristallins de petites bêtes, des sons si faibles qu’il doit monter le niveau de l ‘enregistrement. Et là on atteint la catastrophe. Alors il faut user du « denoiser » de l’éditeur audio pour enlever ce bruit, au risque de porter atteinte à la matière sonore. En faisant l’acquisition d’une mixette professionnelle on est certain de disposer de circuits électroniques de haute qualité. Le résultat donne généralement de grandes satisfactions. Le souffle disparaît et on découvre enfin ses micros.

 

>>> en savoir plus : Sound Devices
>>> en savoir plus : Sonosax
>>> en savoir plus : Aéta

6 – Les matériels utilisés en field recording

1 enregistreur Sound Devices 8 pistes MixPre 6 – 2x32Go SDXC
1 bloc d’alimentation 4 LR6 (piles/accus)
1 bloc d’alientation L-Mount pour 2 batteries L (7.2V 47.4Wh)
1 enregistreur portable 8 pistes Olympus LS100 + Wind Jammer Rycote (micros intégrés ou mixette)
1 enregistreur Marantz PMD660 (utilisé avec la MixPre car les préamplis micros sont très mauvais)
1 mixette Sound Devices MixPre
1 mic stéréo Audio Technica AT825
1 mic stéréo Audio Technica BP4025
1 mic Shot Gun Rode NTG3B
2 mic Audio Technica AT 3031
1 Kit Rycote Wind Screen WS3 + Wind Jammer + suspension + support micro + XLR 5 broches
1 Kit Rode Blimp MKII + Dead Wombat (pour micro canon 325 mm)
1 trépied avec support pour 2 micros  – perches

>>> en savoir plus : Equipement du preneur de son

7 – Le choix d’une technique

La prise de son peut s’effectuer de différentes manières :

  • L’enregistrement  » à la volée »

Au cours de ses déplacements, le preneur de son peut se trouver face à des situations inhabituelles qui lui offriront l’opportunité d’enregistrer des sons rares. Il faut naturellement disposer de matériels à mise en oeuvre rapide et être très réactif pour ne pas laisser le son s’échapper. Les micros sont montés sur une perche ou une poignée.

  • L’enregistrement « posté »

Un repérage préalable des lieux permettra de choisir le meilleur « poste » d’enregistrement. Il s’agit en fait de trouver l’emplacement le plus favorable pour capter les sons émis par le sujet (distance sujet-micro , protection du vent, topographie des lieux, propagation des sons). On peut ainsi définir plusieurs postes qui seront exploités au cours d’une journée d’enregistrement.

  • L’utilisation d’une parabole

La parabole permet de centrer la prise sur un sujet tout en limitant les ambiances générales parfois envahissantes. Le son ainsi capté est très épuré. Il se prête bien à l’analyse spectrale pour l’étude des chants et des cris d’animaux. Il peut être utilisé pour réaliser des paysages sonores (montages), en association avec d’autres sons et ambiances.

  • Le piège à sons

Le piège à sons consiste à installer des micros camouflés sur un poste d’enregistrement afin de capter les sons durant plusieurs heures. Cette technique permet de saisir toutes les variations des sons au cours du temps (jour, nuit, météo, déplacements).

8 – En résumé, quel micro dois-je utiliser ?

Les sons d’animaux proches s’enregistrent généralement en mono sur une voie. J’utilise un micro canon (shot gun) Rode ou Sennheiser qui ne capture que le son de l’animal isolé. On peut aussi utiliser une parabole afin d’éliminer les sont venant de l’arrière et des côtés. C’est avec ces montage que vous enregistrerez, un chant oiseau, un insecte ou une grenouille !

Si vous souhaitez maintenant placer votre sujet au milieu d’un champ sonore, vous pourrez utiliser toutes les techniques de prise de son stéréo omni ou cardioïde. De même pour enregistrer un large paysage sonore, le son de la pluie ou de l’orage.

La capture des sons émis dans l’eau ou sous la glace nécessite des micros spéciaux appelés hydrophones.

>>> en savoir plus : Le microphone de A à Z
>>> en savoir plus : Savoir enregistrer des sons

9 – Retour au studio

sonagramme-300x177De retour dans votre studio, il faudra récupérer les fichiers audio sur votre disque dur . Il est très rare que le son enregistré dans la nature ne fasse pas l’objet d’un traitement. Vous devrez tout d’abord supprimer toute les parties inutiles ou gênantes comme les passage « blancs », les bruits de frottement du câble sur la perche, les bruits de main ainsi que les parties « polluées » par des sons non désirés. Suivant l’usage de vos enregistrements, vous pourrez aussi filtrer certaines fréquences, mais je vous conseille de toujours conserver un fichier original non retouché surtout si vous envisagez d’effectuer une analyse spectrale ! Tous les process liés à la dynamique pourront également être utilisés (ajustement du volume, normalisation, compression). Par la suite, au moyen d’un logiciel de montage audio, vous pourrez enchaîner des sons, superposer un fond sonore, retravailler la disposition des sons dans l’espace (gauche, droite, 1er plan, arrière plan) . L’emploi d’ambiances naturelles permettra de masquer un souffle désagréable ou un son gênant. Il faut toutefois faire attention à ne pas commettre d’erreurs dans le choix de sons qui pourraient nuire à la cohérence du montage si vous ne voulez pas vous éloigner de la réalité !

10 – L’archivage des données audio

Quand on a enregistré des milliers de sons il est essentiel de les classer et de les annoter. Chacun procédera comme il l’entend (le petit cahier à encore de beaux jours devant lui !) mais je vous invite à faire usage des « TAGS » pour marquer vos fichiers (date-heure-lieu-coordonnées GPS-infos techniques sur le matériel) . Ce travail demande du temps et de la méthode. Il doit être réalisé rapidement pour le pas oublier de précieux détails.

>>> en savoir plus : l’archivage des données audio
>>> en savoir plus :
les noms de fichiers et les métadonnées